Hier, j’ai rencontré, avec les ministres d’Etat Philippe Moureaux et André Flahaut, une série de responsables de la communauté juive : Michèle Szwarcburt, David Susskind, Henri Gutman, Stéphane Wajskop, Joël Rubinfeld, Lily Grosman, Marc Weisser, Odile Margaux, Isaac Franco, Diane Culer et William Racimora.
Le CCOJB (Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique), le CCLJ (le Centre Communautaire Laïc Juif) et le Cercle Ben Gourion avaient en effet demandé à rencontrer le PS. Nous les avons reçus, pour nous expliquer mutuellement sur le ressenti de différents événements, pour essayer de mieux nous comprendre et surtout renouer un dialogue constructif. Les échanges, qui ont duré près de 2 heures, ont été à la fois vifs et enrichissants.
Les participants ont rappelé le combat de la Belgique et notamment du PS en faveur de la communauté juive. La présidente du CCLJ a même affirmé avec force que la Belgique n’était pas, contrairement à ce que certains affirment, un pays antisémite. Elle a aussi exprimé une préoccupation qui m’a beaucoup touché : la police déconseille aux jeunes des mouvements de jeunesse juifs de circuler en rue avec leur uniforme, parce que c’est trop dangereux. De même, elle nous dit que des Juifs n’osent plus circuler en rue avec leur kippa ou avec l’étoile de David qui serait visible. C’est pour moi totalement et profondément inacceptable. Chacun doit pouvoir circuler en toute liberté et en toute sécurité dans l’espace public
Le Cercle Ben Gourion a avec raison insisté sur la nécessité de mieux diffuser le rapport du CEGES (Centre d’Études et de Documentations Guerre et Société contemporaine), « La Belgique docile », reconnaissant la responsabilité des pouvoirs publics belges de l’époque dans la déportation des Juifs. Nous devons faire beaucoup plus à ce propos.
J’ai tenu aussi à rappeler combien le PS était meurtri par les accusations d’antisémitisme proférées par certains à l’encontre des personnalités socialistes. C’est pour nous une blessure profonde, car les socialistes ont toujours soutenu les combats de la communauté juive en Belgique : loi anti-racisme dite « loi Moureaux » de 1981 ; reconnaissance du statut de victime de guerre pour les enfants cachés (que d’aucuns appellent la « rente Flahaut ») ; pénalisation de la négation ou de la minimisation du génocide juif ; proposition de résolution aboutissant au rapport du CEGES,…
Oui, le PS critique sévèrement la politique menée par le Gouvernement israélien à l’égard des Palestiniens. C’est notre droit et nous continuerons à l’utiliser.
Déjà en 2002 je faisais savoir à Shimon Pérès que je trouvais qu’il faisait fausse route et qu’il conduisait le parti travailliste à la dérive. Et sans un parti travailliste solide et structurant, on l’a vu et le voit encore, le gouvernement israélien opte pour des stratégies qui conduisent à l’impasse avec des morts et des souffrances atroces tant dans le camp israélien que dans le camp palestinien.
Le PS continuera à s’exprimer librement à l’égard de quelque gouvernement ou mouvement que ce soit. Mais, nous ne pouvons tolérer qu’on nous accuse de dérapage ou qu’on nous traite, directement ou non, d’antisémites dès lors que nous marquons notre désaccord ou notre indignation à l’égard de la politique du Gouvernement israélien. Evidemment, ceci ne diminue en rien l’immense respect que nous avons pour l’Etat d’Israël et la communauté juive, tant en Belgique ou à l’étranger. Cessons donc les amalgames !
Bien sûr, les membres du PS ne sont pas parfaits. J’ai dit à plusieurs reprises lors de notre réunion que le PS aurait dû réagir pour condamner fermement les dérapages antisémites et négationnistes qui ont eu lieu lors de la manifestation du 11 janvier 2009 contre l’horreur à Gaza. Je m’étais aussi exprimé il y a peu sur ce même blog, pour regretter les raccourcis inappropriés entre judaïsme, sionisme et colonialisme. Tout en gardant notre liberté d’expression, nous devons être plus vigilants pour ne pas heurter inutilement les sentiments ou la sensibilité de la communauté juive.
Mais nous voulons également qu’on redise la vérité à l’ensemble de la communauté juive. Le PS est un acteur constructif de la paix au Proche Orient et un acteur majeur pour garantir les libertés, la sécurité et la prospérité dans notre pays.
De plus, il partage depuis longtemps des liens amicaux et privilégiés avec de nombreuses personnalités et organisations actives au sein de la communauté juive. Et le plus important, des combats et engagements humanistes de premier ordre jalonnent l’histoire de ces relations.
Le PS est aussi un formidable trait d’union entre les communautés de notre pays.
L’heure est à nouveau à des initiatives positives mêlant des citoyens de communautés différentes pour réapprendre à se respecter, à se comprendre et à s’apprécier. Autour de valeurs communes et à vocation universelle.
Nous avons, de part et d’autre, des efforts à faire pour reprendre le chemin du dialogue. J’ai ainsi proposé que l’on réfléchisse ensemble aux actes concrets que nous pouvons poser, pour lutter plus efficacement contre l’antisémitisme, pour mieux assurer le travail de mémoire et pour renforcer le vivre ensemble. J’espère vraiment que cette rencontre avec des représentants de la communauté juive n’est que le début d’une longue collaboration constructive et sereine.